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B N, violée à l’âge de 15 ans


«Si on les retrouve, je voudrais qu’ils me disent pourquoi ils m’ont fait ça .. »

Il est des souvenirs que nul homme ne veut revivre. Sont de ceux-là, la violence sexuelle. Alors, quand un journaliste vient à fourrer son nez dans ce qui vous est de plus intime et secret, on commence d’abord par s’enfermer. S’il insiste pour comprendre, on s’énerve. S’il persiste avec l’aide d’un proche, la confiance acquise, on s’ouvre à lui, mais avec des larmes. C’est ce que la jeune N B a fait quand nous sommes allé la rencontrer pour comprendre ce qui lui est arrivé cette nuit de mai 2005. C’était le samedi 22 août 2008 à Bobo.

N, où sont tes parents ?
N B :
Je ne vis pas avec mes parents. Je vis avec mon grand-père et mon oncle. Ce sont eux qui s’occupent de moi.
Pourquoi tu ne vis pas avec tes parents ?
NB : Ils sont tous les deux décédés. Mon père est décédé quand j’avais 5ans. Ma mère, elle, nous a quitté il y a deux ans de cela. Ils nous ont laissés : quatre frères et sœurs.

Es-tu allée à l’école ?
NB :
Oui j’ai fais l’école jusqu’en classe de CM1, mais j’ai dû abandonner parce que mes parents manquaient de moyens. Déjà pour nous nourrir ce n’est pas facile donc ne parlez pas de l’école.
Qu’est-ce que tu fais dans la vie alors ?
NB :
Avant mon problème, j’aidais ma maman, quand elle vivait encore, dans ses petites activités. Mais aujourd’hui, je suis apprentie dans un salon de coiffure. Ça va faire bientôt trois ans que j’exerce dans ce salon grâce à l’appui de l’Association solidarité jeune et l’Action sociale. C’est eux qui m’ont aidée à avoir cet atelier d’apprentissage. Tout se passe bien et s’il plait à Dieu j’aurai mon salon à moi un jour.
Tu as dit avant ton problème ? Lequel ?
NB :
(Long silence, puis elle s’attrape la tête)
Peux-tu nous parler un peu de ce problème ?
NB :
(Silence puis murmure) Pourquoi vous voulez savoir même?
Pour que ton problème n’arrive plus à une autre fille. Qu’est-ce qui s’est passé?
NB :
(Encore silence puis elle secoue la tête avant de commencer à parler) Comme je vous l’ai dit, je vis avec mon oncle et mon grand-père. Un soir de mai 2005, je suis partie rendre visite à maman qui était malade. Il faisait nuit. Vers 20h, j’ai quitté de chez ma mère pour rentrer à la maison. Sur le chemin, deux jeunes à moto sont arrivés. Ils m’ont demandé si je connaissais où se trouve la pharmacie Nieneta. J’ai dit que je n’étais pas du quartier et que je ne savais pas où se trouve cette pharmacie. (Encore un long silence) Celui qui était derrière est descendu de la moto et a commencé à marcher avec moi en insistant sur la même question. Arrivé à côté du mur de l’ENSP (Ecole nationale de Santé publique), il a sorti un couteau, il m’a attrapée par le cou et m’a menacée que si je criais il allait me poignarder. Quelques instants après, son ami est venu le rejoindre. Ils ont commencé à me toucher les seins, à soulever ma jupe…. (Des larmes ont commencé à couler sur son visage).
C’est dur mais continue s’il te plait. Alors?
NB :
je me débattais, mais ils étaient plus forts que moi. Ils m’ont maintenu la bouche fermée pour que je ne puisse pas crier. Ils m’ont couché sur le dos et celui qui tenait le couteau a arraché mon dessous. Son ami m’a écarté les jambes. Et il a commencé. Quand il a fini, son ami a pris sa place. (Soupir)
Ont-ils mis des préservatifs ?
NB :
je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que celui qui avait le couteau en tenait un, mais l’a-il utilisé ou pas je ne saurais vous le dire. Quand ils ont fini, ils ont démarré leur moto et ils ont fui. J’ai crié de toute mon âme, un passant s’est arrêté, mais c’était trop tard, ils avaient disparu. Je suis rentrée à la maison et je n’ai rien dit. Le lendemain j’avais mal au bas-ventre, j’avais des difficultés pour marcher. Mon oncle m’a demandé ce qu’il y avait. J’ai rien pu lui dire. C’est sur insistance de ma sœur que j’ai raconté ce qui s’était passé. Toute en larme, elle m’a raconté qu’elle avait subi, il y a quelques années, la même chose que moi. Elle m’a amenée à la direction provinciale de l’Action sociale. Là-bas, j’ai été écoutée, puis on m’a amenée chez un médecin. J’ai fait des examens, notamment le dépistage. Jusqu’aujourd’hui, ceux qui m’ont fait ça, ceux qui m’ont volé ma dignité de femme courent toujours. Ils ne s’inquiètent peut-être pas de ce que je suis devenue. Mais grâce à Dieu et aux bonnes volontés, je vis. Mais peut-on appeler ça vivre ?
Si on arrêtait un jour tes agresseurs, veux-tu les voir ? Leur parler ?
NB :
Si jamais un jour on arrêtait ces gens-là, j’ai une seule question à leur poser. Pourquoi ils m’ont fait ça ?
Avec du recul, comment tu vis aujourd’hui ?
NB :
Je souffre. Quand je marche, malgré le fait que ce soit un nombre très restreint de gens qui savent ce qui m’est arrivé, j’ai comme l’impression que tout le monde me regarde, que tout le monde sait. Je fais des cauchemars, j’ai peur quand la nuit tombe, sauf quand je suis avec quelqu’un de confiance. Aujourd’hui j’ai 19 ans, ma mère est morte sans savoir ce qui m’est arrivé. J’ai des difficultés à sortir avec un garçon parce que dès qu’il parle de sexe, notre relation s’arrête là. J’ai un copain qui me comprend actuellement. Il me soutient, il m’aide beaucoup, mais je ne sais pas s’il tiendra le coup avec moi. Je ne sais pas jusqu'à quand il me supportera. Il y a des jours, au salon, ma patronne me surprend en train de pleurer. Elle me questionne mais je ne peux rien lui dire. Aucun de ceux avec qui je travaille n’est au courant de ce que j’ai vécu. Je vie avec l’espoir qu’un jour on arrête mes agresseurs. C’est ce que je souhaite en tout cas.o

Par Frédéric ILBOUDO



25/09/2008
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