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Canelle KIFFER, fille de Guy André KIFFER

«…tant qu'il n'y a pas de corps il n'y a pas de mort»

Le festival ciné droit libre qui s’est tenu dans notre pays du 2 au 6 juillet dernier, a connu la présence des épouses des journalistes Guy André KIEFFER et Moussa KAKA. En occurrence Osange Silou KIEFFER et Djamila KAKA. Au cours d’une conférence de presse qu’elles ont donnée au centre de presse Norbert ZONGO, nous avons voulu savoir comment leurs enfants s’impliquent dans la lutte pour la libération de leur parent. C’est ainsi que Mme KIEFFER a bien voulu nous mettre en contact avec sa fille Canelle KIEFFER. Contact qui nous a permis de réaliser cette interview. Dans cet entretien, Canelle KIEFFER nous parle de ses rapports avec son père, du combat qu’elle mène pour sa libération et de l’espoir qu’elle entretient pour retrouver son père. Lisez plutôt ! Quel âge avais-tu quand ton père a disparu?
Canelle KIEFFER (CK) : J'avais 17 ans c'était deux semaines avant mes 18 ans qui ne furent pas vraiment joyeux avec cette triste nouvelle de sa disparution.

Quels étaient tes rapports avec ton père avant sa disparution?
C K :
Mon père, pour résumer, était mon dernier rempart. Quand ma mère me disputait, j'allais voir mon père, si je faisais un cauchemar j'allais voir mon père. Nous étions très proches.

Qui t'a informée de sa disparition ?
C K :
Je l'ai apprise par une amie qui l'avait elle-même apprise en regardant le journal de TF1, le 19 avril 2004. Ma mère me l'avait cachée car je devais passer mon Bac français peu de temps après, et elle ne voulait pas que je rate.

Qu'est-ce que la nouvelle t’a fait comme effet ?
C K :
La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. C’était comme si tout mon petit monde s'écroulait d'un coup. Je me souviens m'être écroulée et d'avoir hurlé. On n'y croit pas forcément quand on apprend ce genre de nouvelle...

Canelle KIEFFER et sa mère ne reculeront devant rien pour que la lumière soit faite sur la disparution de GUY André

Quelles actions as-tu menées en tant que fille de Guy André Kieffer ?
CK :
J'ai été peu présente au début des actions car je passais mon Bac et je sais que c'était important pour moi et pour mes parents, donc je me suis mise en retrait. Lors de ma première année de Fac j'ai organisé un rassemblement (sit-in) devant son portrait place de la Nation. Je fus tellement déçue du fait qu'il y avait plus de journalistes que de personnes mobilisées ainsi que par les remarques désobligeantes des gens, que j'ai eu du mal à réorganiser une autre manif ; mais comme dit mon père ; «c'est en tombant qu'on apprend», donc l'année d'après, j'ai prononcé des discours en amphi pour rameuter le plus de monde possible. Cette année un de mes enseignants suite à ma requête a demandé à ce que mon TD de Journalisme travaille sur le cas de mon père. Je participe également à toutes les actions organisées.

Que penses-tu de la mobilisation de la communauté internationale surtout la France et le Canada en faveur de ton père ?
C K :
Elle n'est pas nulle, mais j'aimerais tout de même qu'elles soient beaucoup plus présentes. Ils l'ont fait pour Ingrid BETANCOURT alors pourquoi pas pour mon père. Vous avez promis de ramener mon père, j'attends toujours et j'espère que vous tiendrez votre promesse.

Comment vis-tu sans ton père ? Comment combles-tu son absence ?
C K :
On vit sans vraiment vivre. Quant à combler son absence, je ne peux pas, c'est mon père et son absence ne sera jamais comblée. Je continue mes études et ma vie en espérant qu'il soit fière de moi.

Penses-tu que ton père est toujours vivant ou mort ?
C K :
Tant qu'il n'y a pas de corps, il n'y a pas de mort. Si je crois qu'il est mort, alors il le sera.

Que pense-tu de la mobilisation de la presse africaine et internationale en faveur de ton père ?
C K :
Elle est bonne, mais elle pourrait faire mieux après tout c'est un des leurs qui a été enlevé.

Dis un mot à ton père ?
C K :
Courage, bats-toi comme on se bat.

Pour finir quels souvenirs as-tu de ton père ?
C K :
Les meilleurs sont qu'il est un père génial, toujours prêt à faire des blagues. Comme la fois où en vacances, pour me réveiller il me lançait un seau d'eau de mer à la figure et criant : «Debout les crabes, la mer monte» et ensuite allant se cacher dans un placard. Ou quand il achetait un kilo de bonbons, pour les donner au resto du cœur. C'est un homme admirable qui aimait la vie et safamille.

Par Frédéric ILBOUDO



25/07/2008
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