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Kalsaka Mining L’or, le fétiche et la discorde

Kalsaka Mining
L’or, le fétiche et la discorde

Kalsaka, commune rurale située à 150 km de Ouagadougou a une population de plus de 48 000 personnes reparties dans 51 villages. Chrétiens, musulmans, et animistes y vivent en parfaite symbiose. La religion traditionnelle compte beaucoup plus d'adeptes. Depuis le 4 octobre 2009, les populations de cette commune rurale ne savent plus où donner de la tête ; le chef en premier. En effet, Kalsaka mining SA (du nom de la société minière détentrice du permis d’exploitation de la mine) a profané le fétiche de la localité. A la rencontre date-butoir du 23 octobre 2009 donnée aux responsables de la mine après celle du 17 octobre pour retrouver et restituer le fétiche, rien de concret n’a été apporté. A Kalsaka, nous avons vu une population inquiète, mais déterminée à faire réparer le sacrilège.

Abdoulaye OUEDRAOGO, SG de la provaince du YatengaDevant la cour royale de Naaba Sigri, l’animation est exceptionnelle. Sur les visages, on lit l’inquiétude chez les sages. Les jeunes, eux visages fermés, murmurent. On sent l’énervement. Il est 8 h. Derrière l’attroupement des jeunes et des adultes, deux grosses cylindrées. Sur les portières avant sont estampillés « Kalsaka mining SA ». La délégation de Kalsaka minig est conduite au plus haut niveau par la représentation-résidente Mme Djénéba NANA, sous le grand fromage de la cour royale. Le trône du chef est là, mais lui-même est toujours dans sa demeure. Des consultations restreintes ont cours. Des personnes, très âgées pour la plupart, entrent et sortent de la concession de Naaba Sigri. Plus le temps passe, plus les gens de viennent de plus en plus nombreux. A 9h, un envoyé du chef informe l’assistance que la réunion va accuser du retard. La raison, les autorités provinciales ont dépêché des représentants pour assister à la rencontre. Les gens s’impatientent. « Vous voyez ces gens n’étaient même pas prévus pour assister à la rencontre et c’est eux qui mettent tout le monde en retard. Si j’étais à la place du chef, on commence la rencontre sans eux… » S’insurge un jeune devant la cour royale. Il parle de la délégation provinciale. Ce qui fait sourire le policier en faction qui attend ses supérieurs. Quarante-cinq minutes plus tard, la délégation de l’autorité provinciale arrive.

Une intentionnelle profanation ?
Naab Guéré (Naab-chaise) le fétiche rasé et objet «Ils sont enfin là » annonce un jeune qui freine son engin devant ses copains. Derrière lui se gare aussi un véhicule. A l’intérieur, quatre hommes y descendent. La réunion peut commencer. Le chef demande à ce que les représentants de l’autorité se présentent. On apprendra alors qu’ils sont : le secrétaire général de la province, l’adjoint au maire, le commissaire de police, et le SG de la préfecture de Kalsaka. C’est alors que le porte-parole de Naaba Sigri prend la parole et donne l’ordre du jour. L’adjoint du maire de Kalsaka , Mathias SAWADOGO lui coupe la parole : « S’il vous plait chef, tout le monde ne s’est pas présenté, ceux qui sont derrière, c’est qui ? ». Parlant des journalistes. « Ce sont des journalistes » rétorque un jeune dans l’assistance. « Qui les a convoqués ? Il faut qu’ils se présentent tous. » Avant d’ajouter : « Surtout, pas de sensationnalisme messieurs les journalistes ! Nous ne voulons pas du sensationnel dans cette affaire ». Les journalistes se présentent. La rencontre commence. Un seul point est inscrit à l’ordre du jour. «Le 17 octobre dernier, nous avions donné 10 jours aux responsables de la mine pour nous retrouver notre fétiche, ils sont là, nous allons écouter ce qu’ils ont à nous dire…» rapporte le porte-parole de Naaba Sigri, M Abdoulaye OUEDRAOGO président des CVD. La parole est donnée à la représentante-résidente. « …Nous sommes conscients de la gravité de la situation et de ce que cela peut engendrer. C’est pourquoi nous sommes là pour qu’ensemble, nous puissions trouver la solution. Suite à la rencontre du 17 octobre dernier, nous sommes allés et nous avons cherché. Nous avons trouvé des cailloux et nous vous demandons de déléguer des gens pour venir authentifier ces cailloux…» Les tractations pour aller authentifier lesdits cailloux commencent. L’adjoint au maire propose que les jeunes évitent de prendre la parole. Ce que les jeunes contestent. Les anciens, eux tempèrent les ardeurs. Le ton monte. L’approche du problème par l’adjoint du maire est décriée. Le SG de la province du Yatenga M. Abdoulaye OUEDRAOGO intervient : « Le haut-commissaire m’a envoyé ici ce matin, vous demander honorable chef, ainsi qu’à toute la population de chercher dans cette regrettable affaire une solution de paix. Certes la situation est grave, mais on peut toujours trouver une solution car c’est peut-être par inadvertance que cela est arrivé….»

Les  inquiétudes quant aux calamités qui pourraient s’abattre sur Kalsaka se lisaient sur les visages des anciens.Il n’en fallait pas plus pour réveiller le courroux de certains. A en croire la population, l’acte posé par les responsables de la mine est intentionnel. « Quand les responsables de la mine venaient pour l’implantation de la mine, à leur demande, nous leur avons indiqué les emplacements de tous les sites cultuels. Ils nous ont rassurés que tout sera fait pour préserver et protéger ces lieux. Quelque temps après, un des responsables notamment M. ALERA est venu demander au chef s’il était possible de déplacer le fétiche. Ce que le chef a refusé. Il a demandé s’il était au moins possible de protéger le fétiche avec une clôture. Le chef leur a dit en son temps que c’était une bonne chose d’ailleurs. Franchement, qu’on ne vienne pas nous dire aujourd’hui après toutes ses requêtes que c’est par inattention que cela est arrivé. L’acte est intentionnel et ils vont le réparer. Si ce n’est pas intentionnel, pourquoi viennent-ils avec des enveloppes pour voir le chef ? » Plus d’une trentaine de minutes de tractations après, le chef donne l’ordre aux 13 personnes qui étaient allées le 17 octobre dernier pour constater les dégâts de la destruction du fétiche de partir à la mine pour l’authentification.

Les journalistes indésirables
Les jeunes quant à eux, tantôt passifs, tantot excités étaient difficiles calmerAvant même que la délégation désignée par Naaba Sigri ne quitte la cour royale pour la mine, le SG et sa suite demandent à partir. Sur le point du départ pour la mine, les journalistes tentent d’arracher quelques mots à Mme Djénéba NANA. Refus catégorique. Les journalistes suivent la délégation royale pour être témoins de l’authentification. Là, un policier les interpelle : « Les autorités de la mine ont donné des instructions. Elles disent que si vous n’avez pas fait de demande d’audience, vous ne pouvez pas avoir accès à la mine encore moins accompagner les délégués du chef ». Les « gratte-papier » rebroussent chemin. Dans la cour royalement, les débats continuent. Chacun y va de son réquisitoire. Pour certains, il faut que les travaux s’arrêtent à la mine jusqu’à ce qu’on retrouve le fétiche. Les patriarches et responsables coutumiers sont interpellés. « Que faut-il faire si les envoyés du roi ne reconnaissent pas le fétiche ? » S’interroge un jeune. « Ne vous inquiétez pour ça nous allons interroger les mânes des ancêtres pour savoir s’il s’agit du fétiche ou pas ? » Répond un ancien.

Des morts mystérieuses à Kalsaka
Sous le coup de midi, les envoyés de Naaba Sigri sont de retour. Les visages sont graves, fermés. A peine ont-ils pris place que des questions fusent. Qu’avez-vous trouvé ? Qu’avez-vous à dire ? Naaba Sigri hausse le ton à l’endroit des jeunes. Je demande le silence. Les gens se taisent. Naaba Sigri donne la parole à Abdoulaye OUEDRAOGO. « Chef, nous sommes partis, nous avons vu, mais ça ne ressemble pas à notre objet. Ils nous ont montré des cailloux, mais, aucun de ces cailloux ne ressemble au fétiche. Pire, là où on nous les a montrés, c’est encore loin du lieu où le fétiche était implanté. Les anciens sont là, ils vous diront…» A dit Abdoulaye OUEDRAOGO.

Naaba Sigri,  dans sa sagesse a su conduire les débats sans dommagesCe que confirme un ancien qui était de la mission d’authentification. Stupeur ! Résignation, colère. « Que faut-il faire ? » S’interroge un aîné. Là-dessus, après concertation, les anciens décident : « Nous allons interroger les mânes des ancêtres dès lundi et ils nous diront si les cailloux qu’on vous a montrés sont les fétiches ou pas. » Sur le champ, Naaba Sigri envoie informer le Tensoaba (le sacrificateur) que le rite aura lieu le lundi aux environs de 16 heures. Cette décision devait mettre fin à la rencontre, mais c’était sans compter avec la détermination des fils et filles de Kalsaka. Le débat reprend de plus bel. Les nerfs sont à vifs, surtout quand l’un des envoyés dit que sur la colline, le travail continue. « Il faut qu’ils arrêtent les travaux jusqu’à ce qu’on retrouve le fétiche… » Lance quelqu’un. Des voix s’élèvent pour dire que ce n’est pas opportun. «Si pendant les dix jours qu’ils ont eu pour rechercher le fétiche, ils n’ont pas arrêté le travail, ce n’est pas les trois jours qu’ils vont travailler avant qu’on interroge les ancêtres qui vont déranger quelque chose. » Affirme Drissa. Sa position est suivie par plus d’un. En définitif le chef tranche : « On les laisse travailler… » Rendez-vous est pris lundi 26 octobre avec un représentant de la mine pour le rituel du sacrifice d’authentification.En définitive, les sacrifices ont été exécutés le mardi 27 uctobre 2009. Selon Abdoulaye OUEDRAOGO, président du CVD et porte parole du chef,les ancêtres ont acceptés les offrandes sacrificielles, signe que les cailloux que Kalsaka mining a retrouvé sont des restes du fétiche. Parcontre Abdolaye OUEDRAOGO souligne qu’il est très impératif que les restes du fétiche soitent retrouvés dans de metlleurs délais de l’avis des anciens. Pour l’heure, Kalsaka compte ses morts. Aux dires des sages depuis la survenue du sacrilège, des morts mystérieuses ont eu lieu dans la commune. En l’espace de quatre jours, il y a eu quatre morts ; Une femme a fait une chute d’un arbre et en est décédée. Une autre est morte en laissant derrière elle, deux enfants de bas âges… Des morts au nombre de quatre qui sont inexplicables. Elles seraient la résultante de la profanation. Vrai ou faux ? La question reste posée, mais une chose est sûre, Kalsaka n’a pas encore retrouvé la totalité du fétiche, retrouvera-t-il sa quiétude ? Affaire à suivre…o

Frédéric ILBOUDO

Kalsaka mining SA en bref

Les machines de Kalsaka mining en plein chantierKalsaka mining est une société anonyme de droit burkinabè, dénommée Kalsaka Mining SA. Succursale de Cluff mining SA le capital est réparti entre Cluff mining (78%), Investissement moto agricole réalisation Burkina (IMAR-B) pour 12% et l’Etat burkinabè (10%). Les estimations de l’étude de faisabilité font ressortir que la production sera de 22,5 tonnes d’or métal et que la durée de vie prévisionnelle de la mine est de 6 ans. Le permis d’exploitation du gisement a été octroyé en juin 2004. L’usine de traitement a une capacité d’environ 4 500 tonnes de minerai par jour. La spécificité de la mine d’or de Kalsaka est que le traitement de l’or se fait à ciel ouvert classique.
Il y a aussi un traitement de lixiviation (lessivage) en tas pour une capacité initiale d’un million de tonnes de minerai et de soixante mille onces d’or par an. Kalsaka Mining SA s'est engagée à réhabiliter le site d'exploitation, conformément au plan de préservation retenu par ladite étude. La société minière va verser annuellement au Trésor public au titre des impôts, taxes et royalties, 836 millions de francs CFA et améliorera la balance des paiements du Burkina à hauteur de 10milliards de FCFA. La société Kalsaka SA c’est selon les autorités 860 millions de francs CFA pour le suivi et la gestion de l’environnement. Kalsaka Mining SA, a pour Président Directeur Général (PDG), M Algy Gordon Cluff et comme représentant-résident Mme Djénéba NANA..o

Frédéric ILBOUDO

ORCADE aux côtés des populations

Moses KAMBOULa profanation du fétiche de Kalsaka n’aurait pas eu d’échos si l’ONG ORCADE, n’avait pas sonné le tocsin. En mettent l’affaire sur la place publique via les médias, Moses KAMBOU directeur exécutif de l’ONG, à donner des forces aux populations de Kalsaka. Des forces qu’elles n’allaient certainement pas avoir, si l’affaire était gérée entre les « quatre murs » de la commune. L’Organisation pour le Renforcement des Capacités de Développement (ORCADE) est une association burkinabè créée en fin 2001. C’est grâce à sa vigilance de cette association qui travaille aux côtés des populations que Kalsaka fait aujourd’hui l’actualité au Faso. « Nous sommes déterminé, et nous suivrons cette affaire jusqu'à son aboutissement total. Notre pression su Kalsaka mining SA ne se limitera pas seulement au Burkina. Non. Nous saisirons nos partenaires au niveau international pour que la pression soit à tous les niveaux afin que les responsables de Kalsaka mining comprennent qu’on ne peut pas et on ne doit pas profaner impunément, les sites religieux… » A laissé entendre Moses KAMBOU. Les objectifs de l’ONG sont les suivants : participer au développement durable des ressources humaines ; lutter contre la pauvreté ; renforcer les capacités des ressources humaines en vue de contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des populations ;… ORCADE a une noble mission qui est de renforcer les capacités des citoyens burkinabè. En leur faisant prendre conscience de leurs capacités intrinsèques, ORCADE/Burkina donne des outils aux populations pour travailler à construire leur propre développement durable. Ainsi, les couches défavorisées sortiront de la situation de dépendance afin de pouvoir contribuer au développement national...o


Frédéric ILBOUDO

L’or ne brille pas pour tout le monde à Kalsaka

Entre les populations de Kalsaka et les responsables de Kalsaka mining SA, ce n’est pas le parfait amour. En effet, depuis le démarrage effectif de l’exploitation de la mine jeudi 30 octobre 2008, l’espoir des populations est toujours vain. «Il n’y a aucune retombée pour le village. Il n’y a jamais eu de cahier de charges, aucune infrastructure construite jusque-là et ce depuis septembre 2008, sans oublier les dégâts sur l’environnement, la santé des femmes et des enfants» Lance un fils du village venu spécialement de Ouagadougou pour la rencontre. « Le débat n’est pas là. Nous sommes là pour parler du fétiche, on ne peut pas intégrer cette situation dans cette affaire. C’est deux affaires distinctes que nous devons traiter distinctement » rétorque Wahab O. Pourtant on avait annoncé que : « les activités d’exploitation de Kalsaka mining S.A entraîneront la création d’environ 200 emplois permanents et autant de nombreux emplois indirects liés entre autres, au transport, à la restauration et au commerce général », avait affirmé Monsieur le ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, Abdoulaye Abdoul Kader CISSE. Ce qui faisait dire au préfet dudit département que : « le lancement officiel des travaux de cette mine d'or viendra résoudre un tant soit peu l'épineux problème du chômage et favorisera le développement de la localité » Si tel est le cas, sachez, Monsieur le préfet qu’ils ne sont pas plus 10 les fils et filles de Kalsaka qui y travaillent. Quant à ces nombreux emplois indirects liés entre autres, au transport, à la restauration et au commerce général dont vous faisiez cas, rien n’a encore poussé. Combien de Burkinabè travaillent à Kalsaka mining SA sur les 200 emplois permanents annoncés ? Ça c’est un secret défense chez Kalsaka mining. Il avait été dit que le département de Kalsaka, d'une superficie de 600 kilomètres carrés et d'une population de plus de 48 700 habitants répartie entre 51 villages, bénéficiera. En outre, il ressort qu’au niveau du développement local, Kalsaka mining SA mettra à la disposition des populations de Kalsaka, des infrastructures socio-économiques (écoles, dispensaires, micro-crédits, centre de loisirs...) Pour ce faire, un comité communautaire consultatif est à pied d’œuvre en vue d’évaluer les actions à réaliser. Les populations attendent toujours, un an après le début des travaux. Le reste se contente de « bouffer » la poussière au quotidien et à subir les affres des dynamites et autres ronronnements des gros engins. Et les affres ne s’arrêtent pas là. Pour certains anciens, la mine est responsable de l’état actuel de leurs habitats. « Nos maisons sont fissurées, et nos enfants souffrent de toux liée à la poussière que dégagent les travaux… », affirment-ils. L’occasion faisant le larron, les populations veulent profiter de ce « quiproquo » pour rappeler à Kalsaka mining SA, ses responsabilités. « Dans d’autres localités on construit des écoles, des centres de santé pour les populations. Ici, depuis un an que la mine est fonctionnelle, rien. Même pas une brique n’a été posée. Et non content de cela, ils brisent nos espoirs en profanant nos fétiches », clame Issaka. Mieux, le ministre en charge des Mines avait exhorté la société Cluff mining à prendre toutes les dispositions diligentes pour mener les activités d’exploitation de la mine selon les règles de l’art. Avec le sacrilège qui a été commis, qui est loin d’être dans les règles de l’art comme recommandé par le ministre, Kalsaka mining S.A a plus qu’un devoir celui de tenir tous les engagements pris qui sont ceux d’être à leurs côtés, de les soutenir pour un mieux-être. Sinon, pour l’heure, l’or ne brille donc pas pour tout le monde comme le souhaite l’ONG ORCADE de Moses KAMBOU dont le combat est de renforcer les capacités des populations pour le développement. Comment Kalsaka pourra se développer si ses fils et filles ne s’unissent pas pour défendre ses intérêts ?.o

Frédéric ILBOUDO



20/11/2009
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